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Interview avec Tyler Bryant & the Shakedown à la Maroquinerie9 min de lecture

Tyler Bryant and the Shakedown est un groupe dont nous avons récemment fait mention, lorsqu’Emma leur avait consacré un article découverte. En pleine tournée, ils ont fait une halte à la Maroquinerie fin novembre, l’occasion pour nous de les rencontrer, et de leur poser quelques questions.

Arrivé à La Maroquinerie, il fait déjà nuit. Il n’y a pas grand monde à l’intérieur, et c’est normal. J’apprends que le bar restaurant n’ouvre qu’à l’ouverture des portes, pour le concert. La file se dresse déjà dehors, malgré le froid. Cette date parisienne est convoitée : Tyler Bryant & the Shakedown est groupe qui a su faire parler de lui. Ils ont en effet réussi à ouvrir pour de grands groupes de rock, et leurs shows font l’unanimité. À Prague, TBTS avait livré un concert incroyable. Avec un nouvel album dans les bacs, nous avions hâte d’en savoir plus sur ce phénomène.

À l’intérieur, j’ai rendez-vous avec Caleb, batteur du groupe, et Noah, le bassiste. Tous deux semblent extrêmement enthousiastes, et se prêtent volontiers au jeu des interviews. Il faut reconnaître qu’ils semblent rodés : dans ce bar où les hauts parleurs crachent du rock à plein volume, ils sont dans leur élément. Caleb a ce soir gardé sa casquette : bleue, elle s’accorde bien à son look. Noah, lui, a opté pour une bière. Elle lui va tout aussi bien, et je l’envie ; le bar n’était ouvert que pour les artistes, au moment de l’interview. Attablés, nous échangeons quelques courtoisies, tandis que les deux américains s’emparent, rieurs, des feuilles et stylos disposés devant eux.

Tyler Bryant and the Shakedown Dust of Music

Taha : Félicitations les gars, vous avez sorti un nouvel album, que nous avons adoré à la rédaction ! Et le précédent date de trois ans ! Comment vous êtes-vous organisés, pour l’écriture, et le processus créatif ?

Caleb : Oui, il va même sur ses quatre ans, maintenant ! En vérité, il n’y a pas vraiment de méthodologie. Ça va vraiment dans tous les sens, parfois Tyler trouve un titre, un riff, Noah en trouve un, parfois moi, peu importe. Nous laissons libre cours à notre créativité ! On crée constamment, que ce soit en groupe ou séparément, et nous mettons en commun ces élans pour donner vie à un titre. Pour cet album, nous souhaitions vraiment nous recentrer sur ce qui nous caractérisait, et en faire un album : du bon vieux rock’n’roll, à l’ancienne. Et le moment était venu pour nous de le faire. Cela représentait beaucoup pour nous.

Noah, pendant ce temps, dessine ce qui ressemble à des nuages. Il acquiesce, et confirme les dires de Caleb.

Taha : Vous avez ouvert pour les plus grands groupes de rock : votre dernière date à Paris était au Stade de France, quand vous avez ouvert pour Guns N’ Roses. C’est un accomplissement immense, pour un groupe ! Comment vous sentez-vous, vis-à-vis de cela ? Et qu’est-ce que vous ressentez, en retournant dans des salles plus intimes, plus près du public ?

Caleb & Noah, en chœur : C’était awesome ! Il y avait plus de soixante-huit mille personnes là-bas. C’était probablement le plus grand stade de la tournée. [Noah reprend le dessin, tandis que Caleb continue] Nous avons dû apprendre à gérer des shows d’une telle envergure. Alterner entre les stades et les clubs est un excellent exercice : tu apprends à transposer ce que tu apprends et fais dans un stade. Il s’agit d’embouteiller cette énergie de stade, et de la déverser en club. Je vais te raconter une anecdote : la nuit dernière, nous étions à Utrecht, aux Pays-Bas, et à la fin du concert des fans sont venus nous dire qu’ils avaient eu l’impression d’assister à un show de stade, dans un club. Ça te met du baume au cœur, quand des gens attestent et confirment que tu arrives à faire ce dont tu as envie. Notre objectif majeur est de produire le même show, que ce soit en face de 80 000 personnes, ou de 80.

Enfin, c’est il s’agit d’un excellent exercice, dans la mesure où tu as alternativement en face de toi une foule qui ne vient pas pour toi, et une foule qui t’appartient, quelque part. Le challenge est de réussir à convaincre cette foule, qui vient pour un autre groupe. Nous adorons ces deux types de publics de manière équivalente, mais engager notre propre tournée est gratifiant. Après 16 mois de tournée, c’est un vrai bonheur de retrouver un public qui nous est propre.

Taha : Vous établissez une distinction entre ce que vous désignez comme étant votre public, et ce qui ne l’est pas. Votre musique connaît des influences de rock classique, et c’est exactement le genre auquel on s’attend, à un concert de Guns N’ Roses. Comment réagit ce public-là ?

Noah : Ce genre de cas est presque typique pour nous, et nous essayons de les convaincre : les premiers rangs sont souvent réceptifs. Ils te voient, et rentrent rapidement dans le jeu. Et sur un show d’une heure, on essaie de jouer et toucher tant les premiers rangs, que ceux qui sont au fond de la salle. Nous essayons d’engager tout le monde : qu’ils aient envie de nous voir ou non, nous sommes là, et nous allons jouer. Notre objectif est de faire en sorte qu’à la sortie du concert, ils se souviennent de nous.

Taha :  Et parmi les critiques, quelles sont les réactions à votre musique ? Avez-vous eu des retours ?

Caleb & Noah : L’écrasante majorité des réactions et des critiques est extrêmement positive. Chacun de nos albums est censé représenter du progrès, dans notre manière de jouer, de chanter, et de nous comporter comme groupe.

Ensuite, les réactions ont aussi été positives depuis les publics qui ne sont pas les nôtres. Nous avons fait aujourd’hui un Meet & Greet VIP, et la majorité des gens qui y ont participé nous avaient connus au travers des shows de Guns N’ Roses ou ACDC. C’est extrêmement gratifiant. Quand tu vois ce genre de réactions, c’est aussi valorisant que les critiques.

Taha : Vous pourriez nous raconter l’histoire de votre groupe ?

Caleb : Tyler et moi nous sommes rencontrés en 2009. Nous étions un trio, et voulions faire appel à un guitariste supplémentaire. À New-York, nous avons rencontré Graham, l’avons convaincu de venir s’installer à Nashville, et de rejoindre le groupe. Deux ans plus tard, notre bassiste nous a lâchés.

Noah et moi nous connaissions, nous avons été à l’université ensemble. Noah est bassiste, de formation, nous avions beaucoup de cours en commun. Il avait cependant entendu dire que nous faisions passer des auditions, a repris contact avec moi. Après les cours, il avait pris des cours. Après son audition, il nous a semblé clair à tous qu’il devait faire partie de l’aventure. Noah a insufflé une nouvelle énergie dans des démos qui dormaient, et nous a permis d’en faire des morceaux vraiment percutants.

Noah : J’ai apporté beaucoup de rage, surtout !

Taha : Pour donner corps à ces nouvelles énergies, satisfaire ce public et créer de nouveaux morceaux, quelles ont été vos influences ?

Caleb & Noah : Nos influences ont clairement été les groupes avec lesquels nous avons fait des tournées. Nous avons porté attention à chaque détail qui fait la magnificence de ces groupes. Leurs transitions, leurs refrains, et bien évidemment leurs chansons. Nous nous sommes demandé : « Qu’est-ce qui provoque une réaction chez les publics ? ». Nous essayions d’en apprendre tous les jours. Et chaque jour, nous ajustions nos process, et voulions faire chanter 80 000 personnes nos refrains, pendant que leurs poings se lèveraient. Nous avons retravaillé énormément de chansons suite à ces concerts, avant de les mettre sur l’album.

Notre spectre d’influence est dès lors représentatif de ce qu’était notre vie à ce moment-là : nous avons essayé de donner corps à toutes ces expériences. Nous étions extrêmement impliqués, et avons rédigé quatre chansons en cinq jours. Certains jours, évidemment, nous n’avions absolument aucun produit. Nous savions ce que nous voulions et où nous allions.

Taha : Votre travail passe aussi par la dimension visuelle que vous lui donnez. Noah, tu as dessiné la main qui figure sur la couverture du précédent opus, n’est-ce pas ?

Noah : Dessiné est un bien grand mot, j’ai plutôt tracé le contour de ma main ! Mais on la retrouve sur le CD, ce qui est franchement cool ! On aime bien ne pas trop se prendre la tête.

Taha : Depuis combien de temps êtes-vous du coup à Paris ? Votre tournée a pris un rythme infernal !

Caleb : Clairement, c’est un rythme qui est lourd ! On est arrivés à Paris il y a quelques heures seulement, et nous n’avons pas vraiment eu le temps de faire de tourisme. C’est pas l’envie qui manque, pourtant ! Un des moments les plus difficiles que nous ayons eus s’est produit après un concert à Royal Albert Hall, à Londres. On devait être le lendemain à 9h à Paris. Et à peine réveillés, on avait une trentaine d’interviews à gérer, on crevait la faim, on ne savait plus où on était… Quand notre manager est entré avec nos petits déjeuners dans un sac, crois-moi, ce croissant et cet Espresso m’ont sauvé la vie.

Taha :  Et quel est votre ressenti face à ces interviews ? Qu’est-ce que ça fait, de devoir se prêter à ce jeu ?

Noah : C’est quand même beaucoup plus agréable à présent. On a un album qui est paru, donc ça donne matière à discuter. Avant, chaque interview que nous accordions tournait autour des mêmes questions : quand sort votre prochain album ? Qu’est-ce que vous nous réservez, dans quelle direction pensez-vous aller… C’était peu concret, l’année dernière. On a l’impression de se répéter, et de presque faire face à un jugement : pourquoi pas plus tôt ? Cette fois-ci, on a des réponses concrètes à apporter, et on est flattés, la presse veut encore bien de nous ! On adore !

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2 Comments

  • Emma
    Reply
    Emma
    18 décembre 2017 at 12 h 07 min

    Vraiment super interview !

    • Taha
      Reply
      Taha
      18 décembre 2017 at 23 h 24 min

      Merci beaucoup ! Ça a été un plaisir de les interviewer 🙂

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