The Amazons : « On veut proposer une musique innovante. »12 min de lecture

The Amazons : « On veut proposer une musique innovante. »12 min de lecture

par Emma

Lors de leur passage au Gibus à Paris en octobre dernier, The Amazons ont pris de leur temps pour répondre à quelques de aux questions de Laura et Emma et nous présenter notamment leur nouvel album « Future Dust », un essai plus dark que leur précédent et infusé du rock n’ roll sous toutes ses coutures.

Dust of Music :  Bonjour les garçons et merci de prendre du temps pour parler avec nous aujourd’hui. Nous allons évidemment débuter avec votre deuxième album, « Future Dust », qui est sorti à peu de choses près exactement 2 ans après le premier. Nous nous demandons si vous avez suivi le même processus de composition pour les 2 albums ?

Matt : Non, pas du tout. Le premier album a été écrit sur 4 ans, à jouer de la basse, à essayer d’assembler beaucoup d’éléments musicaux ensemble. Alors que Future Dust a été écrit du début à la fin pendant l’année 2018. Donc c’était très intense, stressant, mais aussi meilleur et une grande récompense pour nous grâce à ça. C’est également un meilleur album car il contient des thèmes plus forts que le premier.

Dust of Music : On ressent cet album un peu plus sombre que The Amazons, votre premier album. Notamment en terme d’ambiances et de paroles aussi. Qu’est ce qui a changé, quelle identité vous lui donneriez ?

Matt : Ouais c’est un album plus sombre. Il a été écrit durant une période assez sombre pour nous, et quand tu composes un album, l’environnement dans lequel tu te trouves t’influences beaucoup. On reflète ici l’incertitude de notre place dans le monde, c’est ce que nous ressentions à ce moment là.

Joe : On est devenus pessimistes.

Matt : Mais tout le monde ne l’est il pas un peu ? C’est ce que nous avons voulu refléter dans cet album.

Dust of Music : Et il y a t-il un peu d’espoir pour le prochain ?

Matt : Oh oui définitivement, on va se calmer ! Mais nous savions que nous devions passer par là, et on en a tiré notre meilleur album.

Joe : Je pense que notre groupe va être comme ce personnage interprété par Jack Nicholson dans « As Good As It Gets », connu pour être un misérable bâtard, mais qui à la fin du film s’ouvre un peu plus à tout.

Matt : Ouais c’est essentiellement une comédie, notre carrière est une comédie (rires)

Je veux dire, on s’amuse beaucoup, on a beaucoup aimé faire l’album, et on adore le jouer. C’est un putain d’album Rock ’n Roll, tu le verras au concert ce soir !

Dust of Music : Après avoir lu un interview de vous nous avons appris que pendant cette période d’écriture vous aviez découvert Jerry Lee Lewis and Howlin’ Wolf qui vous a inspiré tant sur le plan musical que sur le plan atmosphérique. Vous ont-ils permis de redéfinir ce que vous souhaitiez proposer en tant que musiciens ?

Matt : Oui et on a toujours cherché ce genre de chose. Nous sommes des férus de rock n’ roll. Et l’une des meilleures manières pour redécouvrir le genre c’est de retourner justement aux prémices du genre avec des figures comme Jerry Lee Lewis ou HW qui l’incarnent parfaitement et d’en capturer l’essence et l’esprit. Nous y avons trouvé une certaine pureté que nous ne retrouvons plus aujourd’hui. Ils sont apparus à une période où ils étaient des marginaux et ils proposaient quelque chose de différent qui n’avait pas été découvert encore. Il n’y a pas eu d’artiste comme Jerry Lee Lewis avant. Donc c’est super de pouvoir explorer ces différents personnages et être influencés par eux.

Dust of Music : A côté de Jerry Lee Lewis et Howlin’ Wolf, avez-vous écouté d’autres figures du blues et du rock n’ roll ?

Matt : Absolument ! Le voyage a commencé lorsque nous nous sommes rapprochés des groupes qui n’ont incité à commencer la musique et inspiré The Amazons. Des groupes que notamment nos parents nous ont fait écouter comme Led Zeppelin, The Beatles, The Rolling Stones, Fleetwood Mac et c’est naturellement aller vers Jerry Lee Lewis, Buddy Holly, Elvis Presley, tout simplement car nous avons su que ces figures avaient inspiré les artistes que nous écoutions. Et c’est d’autant plus simple d’accéder à leurs discographies grâce à internet ! Il est aujourd’hui facile de trouver tous ces artistes sur Spotify ou Youtube. On a écouté aussi Queens of the Stone Age, Arctic Monkeys, leur dernier album était hyper attendu.

Dust of Music : C’est vrai que beaucoup de groupes rendent hommage aux premières heures du rock n’ roll à l’image de Rival Sons et de Tyler Bryant & The Shakedown.

Matt : Oui Tyler Bryant & The Shakedown je connais, on a joué après eux lors d’un festival récemment à Austin (Texas), le même jour que Guns N’ Roses. Je pense que beaucoup de groupes effectivement adhèrent à faire des chansons rock n’ roll car on en voit plus beaucoup. C’est ce que nous avons voulu faire aussi avec « Future Dust« , c’est proposer une musique innovante que nous voulions offrir et qui plus est une musique qu’on entend pas en ce moment. Aujourd’hui beaucoup de groupes passent par l’électronique et une fois qu’ils l’ont découverte, leur musique provient de leurs ordinateurs. Je ne veux pas ça et le rock n’ roll n’est pas mort.

Dust of Music : Qu’est ce que ça signifie pour vous aujourd’hui ?

Matt : Ça veut dire faire un concert à Paris ce soir !

Il n’ y a pas grand chose de plus à dire… Tu sais, t’écris, tu enregistres et tu fais la musique que tu souhaiterais voir et entendre. Avec « Future Dust », on se disait, « merde on n’entend plus de solos de guitare désormais… » alors mettons des putains de solos de guitares tu vois ce que je veux dire ?! (rires) En ce moment les groupes sont dépendants de la musique électronique, quand ils essaient d’expérimenter, ils font tout sur leurs ordinateurs. On ne veut pas de ça.

Dust of Music : Je ne pense pas que le Rock ’n Roll soit mort, c’est la base de la musique.

Matt : Carrément.

Joe : Je pense qu’elle n’a jamais disparu, elle n’est pas morte, seulement les gens ont été attirés par d’autres genres. Les gens que nous connaissons qui font cette musique, et même qui produisent davantage d’albums que nous, continueront toujours d’en faire.

Matt : Ça dépend de ce que tu veux. Si tu souhaites être connu pour tes singles au sommet des classements, ça n’arrivera pas, mais on s’en fout. Même dans les années 70 c’était comme ça. C’est pas comme si Led Zeppelin avait des singles en haut des classements à l’époque. Ça n’a pas d’importance, il y a toujours eu de la musique Pop pourrie, il y en a juste davantage aujourd’hui.

Dust of Music : Vous avez fait quelques concerts depuis la sortie de l’album, quelle a été la réaction du public ?

Matt : Elle était bonne !

Chris : Oui très bonne.

Matt : On a joué des festivals, et on va enfin pouvoir débuter notre propre tournée.

Joe : Oui c’est enfin la tournée pour l’album, on l’a attendu longtemps.

Matt : On peut le jouer (l’album) autant qu’on veut.

Joe : Et on le fera.

Matt : Alors préparez-vous !

Dust of Music : Avez vous joué certaines des nouvelles chansons, par exemple au Reading Festival, votre ville d’origine ?

Matt : Oui et Reading a toujours été important pour nous, donc il y a beaucoup de pression, un lourd poids sur nos épaules parce que c’est très intense, ça a une signification émotionnelle particulière. Ça fait 10 ans qu’on se rend au festival. Ça sera toujours plus qu’un simple festival n’importe où ailleurs dans le pays.  Donc je suis vraiment content parce que ça s’est très bien passé, c’est le plus important. On a joué, et quand on est arrivés à la fin du set on s’est enfin détendus, parce qu’on ne s’était pas foirés.

Dust of Music : Vous étiez seulement détendus à la fin ?

Chris : Oui on essaie de calmer les nerfs, puis on commence à s’installer et on est là « ouaaah c’est fou »

Dust of Music: Et le sentiment quand c’est terminé ?

Elliot : C’est bizarre… (Se tourne vers les autres membres) Combien de temps à duré notre set, 30 minutes ? T’es dans un état nerveux de tension pendant 1 heure avant de monter sur scène, et ensuite t’es là « aaaah » pendant le concert. (rires). Genre « mais qu’est ce qui est en train de se passer bordel ? ».

Matt : Reading est toujours comme un profond brouillard, ton cerveau est brouillé parce que tu es anxieux avant la prestation, et ensuite t’es complètement vidé d’énergie.

Joe : Nous avions aussi une malédiction qu’heureusement nous avons brisé depuis. Les premiers concerts que nous avons joués dans notre ville natale étaient absolument horribles, et seulement à cause de la pression ! Mais maintenant, les derniers concerts que nous avons fait ont été incroyables, et même parmi les meilleurs concerts qu’on ait jamais fait.

Matt : Oui et c’est dur parce que Reading en tant que ville n’a pas vraiment de culture musicale, il y a peu de musique live tout ça. Alors que quand tu vas à Manchester ou à Londres c’est déjà mieux. Et même à Paris, vous avez des concerts tous les soirs, vous savez quoi faire ! Donc Reading est toujours intéressante à jouer, il faut un peu les réveiller.

Dust of Music : On a parlé de festivals et de Rock ’n Roll, quelle est la chose la plus Rock ’n Rock que vous ayez faites ?

Matt : On a fait un festival avec Royal Blood cet été à Zurich. On trainait ensemble, on s’amusait avant qu’ils ne montent sur scène. On était dans notre loge juste après notre set, et Ben le batteur a débarqué avec des tonnes de bouteilles de Tequila. Genre « ça va se passer les gars », et nous on était là « okaaaaay ».  (Se tourne vers Joe) Et il rigolait avec toi, il était là « Tu vas monter sur scène, tu vas jouer avec nous »

Elliot : « Tu vas frapper le gong avec nous »

Matt : Donc nous étions sur le côté de la scène, et là il fait un genre de roulement de caisse claire sur le solo de batterie pendant la chanson « Little Monster », et il se met à gueuler « tout le monde, montez sur la scène ! ».

Joe : C’était assez effrayant.

Matt : Le mec boit de la tequila comme si c’était de l’eau, direct depuis la bouteille. Il criait fort « venez sur scène ! », donc on monte et il nous tend une genre de batte, un maillet.

Elliot : Un « gong smasher ».  

Matt : Et on s’est mis à…

Joe : Frapper le gong ! (rires)

Matt : Il y a ce solo et ce battement qu’il fait sur une cloche de vache, 10 000 personnes qui tapaient dans leur mains, et nous on était là on frapper le gong, puis on tendait le maillet à la personne suivante…C’était carrément Rock ’n Roll ! (rires). Et ensuite je ne me souviens plus de ce qu’il s’est passé, j’ai pris la tequila.

Dust of Music : Seulement davantage de tequila.

Joe : C’est un peu ça. (rires)

Chris : (À Matt) T’as embrassé Mike.

Matt : Oh ouais, j’ai embrassé Mike, et il était là genre « ne fais plus jamais ça », et moi, « je ne referai plus jamais ça » (rires)

Joe : Mais on l’a revu depuis donc ça va.

Matt : Oui il est venu nous voir jouer à New York, on a passé un bon moment.

Elliot : Très gentil de sa part.

Dust of Music: Donc beaucoup de choses peuvent arriver sur scène, et peut-être ce soir…

Joe : Exactement et d’où l’intérêt de ne pas avoir d’ordinateur ! Tout peut arriver. Si on joue des covers, on jouera des covers. C’est d’ailleurs des artistes comme Bruce Springsteen et Jack White qui interpellent les gens pour leur demander ce qu’ils veulent entendre.

Matt : On pourrait le faire ! On adore faire des covers, c’est d’ailleurs l’anniversaire John Lennon aujourd’hui donc on pourrait faire une cover. Peut être pas ce soir… Mais parfois j’aime faire des covers en guitare, je pense à « Dancing in the Dark » de Bruce Springsteen qui pourrait être super à jouer. D’ailleurs, jouer une cover de tous les artistes que l’on aime le jour de leur anniversaire c’est une très bonne excuse le faire. On attend d’ailleurs certains vieux qu’ils crèvent afin qu’on puisse leur rendre hommage en reprenant leurs chansons. Si Paul McCartney meurt, je sais exactement quelles chansons on pourrait reprendre, on pourrait même faire un set entier ou on pourrait faire ça aussi tant qu’il est encore envie pour célébrer sa vie… Mais bref, on adore jouer de la musique.

Dust of Music : Votre tournée débute ce soir à Paris. J’imagine que l’excitation est bel et bien là et que vous avez hâte de hit the road ?

Elliot : Oui on a hâte d’autant plus qu’on a appris qu’on a sold out plusieurs shows de la tournée ce qui est dingue. C’est le cas de Prague, on a jamais fait ça avant !

Matt : C’est la première fois qu’on fait un tour en tant que headliner et de voir qu’on sold out des shows c’est top. On est excité mais il y a aussi de l’appréhension, l’appréhension de rester en vie principalement. On a été partout, aux USA et Australie, on est arrivé ce matin d’UK, on s’est réveillé à 5h du matin…

Dust of Music : Et après la tournée, un nouvel album ?

Joe : Nous allons aux USA l’année prochaine après la tournée.

Matt : On a même des plans de déménager la bas. On a adoré Nashville, il y a plein de studios. On envisage ça oui ! Retrouver nos amis les cowboys, avoir des chapeaux de cowboys, tout ça…

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