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Interview avec Nothing But Thieves, entre rythme et renouveau9 min de lecture

Nothing But Thieves est un groupe dont l’activité n’a pas connu de temps mort, qui oscille entre tournées et nouveautés musicales depuis des années maintenant. C’est au Bataclan que nous les rencontrons, fiers de nous présenter leur nouveau né, « What Did You Think When You Made Me This Way?« .

Rencontrer Nothing But Thieves

Aujourd’hui, nous rencontrons Nothing But Thieves. Un groupe qui n’a eu de cesse d’enchaîner tournées, publier des nouveautés et redéfinir leur genre, tout en préservant sa créativité et son identité. Et bien que sur la route, leur dernier EP, « What Did You Think When You Made Me This Way?« , dont nous vous avions parlé, marque une franche rupture entre leur musique historique et actuelle.

C’est donc au Bataclan que notre rencontre avec Nothing But Thieves est prévue. Un lieu qui a profondément marqué l’histoire de Paris, et qui, trois ans après, ne laisse paraître aucune marque des stigmates qui lui ont été infligées. Alors qu’Emma et moi pénétrons le lieu, nous sommes tous deux d’accord pour dire que l’atmosphère est différente que dans toute autre salle de concert. En inspectant les environs, nous remarquons que la scène est déjà en plein préparatifs, que les techniciens circulent rapidement et s’affairent à vérifier le son, les lumières, et bien d’autres éléments, auxquels on ne prête pas forcément attention pendant un concert.

Mais ce n’est pas dans ce capharnaüm que nous allons parler musique. Nous sommes plutôt invités à gravir les marches, et monter dans le dressing room, où nous avons rendez-vous avec Conor, le chanteur, Dominic et Joe, tous deux guitaristes, et les trois étant fortement impliqués dans le processus créatif. Alors que nous prenons place, tous semblent à l’aise. En effet, après tant d’années, se livrer au jeu des interviews, parler de leur travail et échanger à ce propos semble être devenu une habitude pour eux.

Parler de musique

Taha : La dernière fois que vous aviez foulé les planches d’une scène parisienne, c’était en janvier dernier. Cette fois-ci, vous avez un nouvel EP intitulé « What Did You Think When You Made Me This Way?« , qui vient compléter une discographie qui se diversifie de plus en plus. Félicitations pour cette nouvelle sortie ! Quelles ont été les réactions du public envers celui-ci, et comment avez-vous intégré les nouveaux morceaux à votre setlist ?

Conor et Joe : Merci ! Effectivement, nous avons parcouru beaucoup de route, et avons joué les mêmes morceaux des années durant, et jouer avec la setlist nous permet d’insuffler un vent de fraîcheur dans notre quotidien. De plus, nous avons des fans qui nous suivent en tournée, il nous semble donc important de ne pas leur livrer le même spectacle à chaque fois qu’ils nous voient.

Ensuite, concernant cet EP, les critiques reçues ont été bonnes. Nous avons eu l’occasion de jouer seulement deux fois depuis sa parution, en intégrant de nouvelles chansons. Cependant, Forever & Ever More [le premier single de l’EP] avait déjà été inclus aux États-Unis, étant paru avant l’EP. Donc nous prévoyons d’ajouter de nouveaux morceaux au fil de l’eau.

Emma : Cela fait maintenant 4 ans que vous enchaînez les tournées sans relâche, et jonglez entre festivals et concerts aux quatre coins du globe. Comment avez-vous trouvé le temps d’écrire et de réaliser cet EP ? Ce nouveau rythme vous a t-il permis d’adopter une perspective différente sur votre musique ?

Joe : Ce nouvel EP, WDYTWYMMTW, est un subtil mélange de chansons et textes qui dormait, mais aussi de nouveautés que nous avons travaillées durant la tournée. Ainsi, Forever & Ever More était la première chanson que nous avions spécifiquement écrite pour cet EP, tandis qu’a contrario, Take This Lonely Heart était supposée paraître sur un prochain album. Cette chanson était un concept que nous avions en tête, mais dont nous n’avions pas pleinement exploité le potentiel. Cet environnement pressurisé nous a véritablement aidé à voir les choses différemment.

Conor : En effet, certains morceaux avaient été originellement écrits pour Broken Machine, dont Gods par exemple. Bien que la précédente version ait été un peu  plus lente, nous l’avons retravaillée pour qu’elle s’intègre mieux d’un point de vue sonore. Nous avons bien sûr produit quelques autres versions, qui apportaient chacune une touche différente, dont du piano.

Pour travailler ces morceaux, nous avons du jouer avec les circonstances. Il se trouve que nous passions d’un festival à l’autre à cette période, et avions des pauses d’environ trois jours. Les sessions d’enregistrement se sont donc intégrées à ces moments-là. Cet environnement, où la pression était réelle, nous a obligé à travailler plus efficacement, mais nous a en contrepartie aidés à créer une unité sonore parfaite. Donc oui, en définitive, ce rythme nous a permis d’appréhender notre processus différemment. Nous sommes devenus plus sélectifs quant aux phases de prise de décisions, d’enregistrement et d’écriture.

Taha : Cet EP semble composite, et navigue entre des genres différents. Quelle était votre vision initiale pour cet EP, et pourrions-nous le considérer comme un avant-goût de ce que pourrait être votre nouvel album ?

Conor : Je pense que cet EP se dresse véritable comme une œuvre à part entière, et qu’il ne représente pas ce qui pourrait être en cours de production. En fait, nous cherchions à nous détacher de Broken Machine, qui a un son unique et particulier. Nous avions envie de produire un EP rock, ce qu’est devenu « What Did You Think When You Made Me This Way?« . Cette distinction entre les deux ruisselle jusque dans nos choix cinématographiques, dans lesquels nous avons une approche radicalement différente.

Joe : Sortir un EP dont le son était plus rock était notre objectif. Mais la combinaison des différents facteurs que sont ce nouveau processus créatif, la pression et le travail que nous avons fourni ont abouti à un résultat surprenant. Les idées que nous avons concernant de nouveaux projets sont véritablement différentes de ce que nous avons sorti, et je qualifierais donc cet EP de véritable œuvre à part entière.

Taha : En tant qu’auditeur, de l’autre côté de la barrière que sont les écouteurs, avoir un aperçu de votre vision est intéressant. Quand vous imaginez un nouveau projet, à quoi ressemble le parcours : avez-vous une idée vers laquelle vous tendez, ou est-ce un processus plus organique, qui se forme et devient sa propre entité ?

Conor : Nous ne nous mettons aucune barrière, quant à ce que nous voulons. Nous ne rédigeons pas de consignes, et ne mettons pas d’étiquettes auxquelles nous souhaiterions que notre musique corresponde. Nous avons effectivement une vision, qui consiste à créer le meilleur produit, de notre point de vue. Mais je ne pense pas que nous ayons la moindre idée de ce dont il s’agit avant de plonger pleinement dans le processus. Cela permet du coup de garder ce travail spontané, tout en te maintenant effrayé et excité, sans savoir vraiment dans quelle direction tu vas.

Joe : Être inventif est la clé.

Emma : Votre dernier album, Broken Machine, était très engagé. Il couvrait un large éventail de thèmes : politique, dénonciation des médias, revendications, religion… Ce soir, vous jouez au Bataclan. C’est un lieu que l’on a attaqué au nom de la religion, dans une série d’évènements qui a profondément heurté et marqué l’histoire de Paris. Quel est votre ressenti, à jouer dans cette salle, au regard des messages que vous livrez dans votre musique ?

Joe et Conor : La question nous a été précédemment posée. Alors que nous organisions notre venue à Paris et passions en revue les différentes salles, le Bataclan nous a été proposé. En tant que groupe, nous sommes d’accord pour dire qu’il est important de pouvoir démontrer son aptitude à vite reprendre des forces et du courage. Les groupes et artistes ont le devoir de continuer à se produire dans des salles de ce genre, et tant que les publics se mobiliseront, nous serons là.

Évidemment, nous avons reçu des messages de nos abonnés Twitter, indiquant qu’ils auraient adoré venir, mais qu’ils ne se sentaient pas à l’aise, dû au choix de la salle. Et nous les comprenons parfaitement. Enfin, nous avons des chansons qui semblent particulièrement appropriées ce soir, particulièrement à cause du message qu’elles véhiculent.

Taha : En termes de messages et de profondeur de texte, Gods est un morceau qui se démarque particulièrement, d’un point de vue textuel, sur cet EP. Clairement, à première vue, il s’agirait de religion. Mais en creusant, je perçois une dénonciation des médias, réseaux sociaux et influenceurs assez marquante. Qu’en est-il ?

Joe : La culture de la célébrité est au cœur de Gods, en effet. Et plus particulièrement le président des États-Tunis. La célébrité est la nouvelle religion, et nous voulions véritablement dénoncer cette hérésie.

Emma : Sur une note plus légère, est-ce que ce rythme de vie assez fou vous permet de profiter des villes que vous visitez, et dans quelle mesure arrivez-vous à garder la tête hors de l’eau, lorsque vous voyagez ?

Dominic : Nous n’avons pas l’opportunité de pouvoir nous promener autant que nous le voudrions, lorsque nous sommes en tournée. Beaucoup d’amis, de proches et de membres de la famille pensent que la vie en tournée est une sorte de long fleuve tranquille, que nous sommes en vacances prolongées. Mais jongler entre les interviews, les rythmes de sommeil décalés, les répétitions et autres n’est pas de tout répit ! Évidemment, être en tournées ne peut pas être appelé « travailler », mais ça s’en rapproche diablement.

En quittant la salle, Emma et moi avons des étoiles plein les yeux, et sommes hâtifs d’entendre plus sur un nouveau projet de leur part. Certains de mes amis se sont rendus au show, et m’ont fait part de leur impressionnante performance. Si l’un(e) d’entre vous a un jour l’opportunité d’assister à leurs concerts, n’hésitez pas un seul instant.

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