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Interview avec Mini Mansions : l’art de fédérer10 min de lecture

works every time mini mansions album cover

Le trio Mini Mansions était à Paris tout récemment pour promouvoir son dernier opus, Works Every Time. Un retour sur la scène musicale attendu de longue date pour un groupe qui a du jongler entre tournées, créativité et identités multiples.

Arrivée sur les lieux

Le rendez-vous était aujourd’hui donné au Point Éphémère. Le soleil brille, les oiseaux chantent, les couples s’enlacent sur les quais… Et je suis enrhumé. Mais qu’à cela ne tienne, le devoir nous appelle ! Emma et moi nous rejoignons donc sur place, et patientons tranquillement en profitant de ces rayons de soleil automnaux.

Le temps de régler quelques formalités, j’apprends que nous allons rencontrer deux des trois membres. Ainsi, Michael Schuman et Tyler Parkford seront nos interlocuteurs pour ces vingt prochaines minutes. Alors qu’ils s’adonnent au jeu des interviews depuis quelques heures déjà, ils semblent souriants, et contents de discuter leur nouvel opus avec nous. Aussi, nous prenons place autour d’une table, au milieu d’une exposition, où les basses emplissent nos oreilles, et où les couleurs se livrent une guerre sans merci, face à une terrasse qui semble se remplir inlassablement, et au dessus de laquelle flotte un nuage épais de fumée.

Mini Mansions, la rencontre

Emma et moi disposons alors, avec toute la rigueur dont il nous est possible de faire preuve, le matériel de dessin et de coloriage dont nous disposons. Michael hausse les sourcils. « Je suis vraiment un horrible dessinateur ». Mais c’est Tyler, l’œil vif et joyeux, qui s’empare sans attendre des feutres. J’enclenche alors mon dictaphone, et prie pour que le son soit intelligible a posteriori.

Emma : Félicitations pour la sortie de votre nouvel EP! Il a, chez Dust of Music, fait l’unanimité, et vous retrouver tous trois réunis sur un disque de Mini Mansions fait vraiment plaisir ! Vous avez vécu de nombreux évènements, individuellement, depuis votre dernière publication. Vous avez travaillé avec Arctic Monkeys, Queens of the Stone Age, etc… [Michael murmure « Je ne sais pas de qui vous parlez ? »]. Que ressentez-vous, à être de nouveau réunis, tous les trois ?

Tyler : Honnêtement, ça fait plaisir. Nous manquions les uns aux autres, nous sommes aussi amis, et se retrouver pour créer à nouveau fait du bien ! C’est très magnifique ! (sic)

Taha : Vous venez de publier Works Every Time. [Michael : Il est plutôt canon, hein ?] Vous avez mentionné dans une interview, précédemment, que publier un EP, plutôt qu’un album complet, était une manière pour vous de vous remettre un pied à l’étrier, et de vous accoutumer au processus de nouveau. Est-ce que vous comptez tout de même sortir un album, tôt ou tard ?

Les deux, en chœur : Oui, oui oui ! Dès 2019 !

Taha : Génial ! On a hâte d’entendre cela. Comme dit précédemment, vous avez également œuvré sur différents projets. Comment trouvez-vous le temps, et l’équilibre créatif, entre vos rôles respectifs de batteur et de bassiste, de créer quelque chose pour le projet Mini Mansions ?

Michael : Hmm. En fait, tu ne peux pas trouver de temps, à proprement parler. Je pense que notre plus grand problème, quand on regarde le calendrier, est qu’il n’y a aucun créneau de libre. On n’a, en effet, aucun jour off. Donc si tu as du temps prévu, tu le fourres là-dedans. C’est le prix à payer pour pouvoir créer : tu sacrifies ton temps libre, qu’il soit dédié aux amis ou à la famille, pour accomplir ce qui, en fin de compte, te rend vraiment heureux. Et c’est, en l’occurence, créer de la musique. Donc c’est assez difficile, et cela peut peser sur ton moral, mais aussi tes relations. Mais au bout du compte, ce qui me rend profondément heureux est d’être en studio, sur scène ou en tournée.

Emma : Donc j’imagine que vous avez un sacré paquet de sessions Skype, pour vous coordonner ?

Tyler : En fait, on n’a pas encore pris pleinement possession des avantages qu’offre la technologie ! Pas autant que nous aurions dû ! On s’écrit juste par texto. T’as déjà entendu parler des discussions de groupe ? [Rires]

Michael : Avec toutes les nouvelles technologies, on ne se sert même pas de ça !

Emma : Alors comment vous organisez-vous, et comment arrivez-vous à trouver un consensus, quand chacun mène sa vie de son côté ?

Tyler : Nous avons fondé le groupe à une période de notre vie où nous avions beaucoup de temps, et où nous étions libres de toute occupation. Mais aujourd’hui, les choses ont changé, et nous avons du nous accoutumer à ces nouvelles conditions de travail. On ne veut faire aucun compromis, ou faire paraître un produit, que ce soit un album ou autre, dont ne nous serions pas absolument et parfaitement fiers. On ne compense pas, et on ne veut pas sacrifier la qualité sur l’autel du temps ! Lorsque nous sommes dans un processus créatif, tout ce que nous pouvons faire est de recentrer nos énergies et notre temps libre, pour en tirer le meilleur. Nous nous concentrons plus, travaillons chacun de son côté, nous réunissons, et enfin donnons vie à notre bébé !

Emma : Vous avez travaillé avec des groupes différents, de nouvelles idées et concepts doivent forcément émerger de chacun de vos esprits. Était-ce difficile pour vous, de trouver, pour ainsi dire, un terrain d’entente, un son et une voix communs ?

Tyler : Clairement ! Ça a d’ailleurs fait partie du défi que représentait cet EP. Au début du processus, nous avons pris conscience des problèmes que nous avions, et donc, nous sommes demandés comment maintenir cette relation. Nous sommes avant tout amis. Mais ce projet de groupe ne peut exister simplement dans nos têtes, pour que nous puissions nous y atteler de manière irrégulière. Nous sommes arrivés à un point de rupture, où nous nous sommes demandés comment créer quelque chose de singulièrement nouveau, et cela nous a motivés.

 

Taha : Donc comment avez-vous géré cette direction artistique ? Est-ce que quelqu’un s’impose, et décrète qu’il n’aime pas telle ou telle chose ?

Michael : Tyler et moi avons toujours fonctionné de la sorte ! Nous écrivions, et le faisons toujours, séparément. La différence étant qu’auparavant, nous avions une chanson, ou une idée en tête. Nous nous réunissions tous pour en extraire l’essence, et reconstruire une chanson autour de cela. Mais aujourd’hui, le processus a changé. Si l’un de nous a une idée, il la présente au groupe, et nous faisons tous les arrangements nécessaires ensemble. Travailler de cette manière nous a véritablement aidés, dans la mesure où nous avons dorénavant le choix entre des morceaux bien plus qualitatifs, et nos sessions de travailles sont plus productives. Enfin, d’un point de vue lyrique, étant donné que chacun écrit, tout semble venir du même endroit, donc cela sonne plus vrai, et globalement mieux.

Emma : Est-il vrai que durant les sessions d’écritures, vous avez joué beaucoup de piano, et de nouveaux instruments ? Qu’avez-vous ressenti, à expérimenter ?

Michael : Je crois que nous avons plus que jamais écrit sur des instruments différents. Et pour être parfaitement honnête, nous avons toujours écrit au piano et à la guitare. Lorsque nous enregistrons, nous jouons de tout. Si quelqu’un a une idée, il le joue, on le travaille ensemble, et si ça ne sonne pas comme il l’espérait, on s’y met tous et on y travaille. Et si quelqu’un a une inspiration, alors on l’encourage à continuer sur sa lancée. La pire chose qui pourrait arriver est que quelqu’un trouve ça « Bof ». Mais éditer et retravailler du matériel fait évidemment partie du processus, donc nous arrivons avec un tas d’idées, et retravaillons le tout.

Taha : J’ai grandi dans un foyer où l’on jouait beaucoup de musique des années 1980, donc du Electronic Light Orchestra. En écoutant votre précédent album, j’avais l’impression d’avoir affaire à eux. J’ai aussi remarqué que vous avez changé de son, et que vous avez pris un tournant plus aérien, naïf, orienté sur l’amour, sur votre EP. Je me demandais donc quelles étaient vos principales inspirations musicales, pour celui-ci ?

Tyler : Wow, merci.

Michael : Je pense que, pour moi, la principale inspiration a été le groupe Shellac, avec Steve Albini. Il a participé à entre autres deux groupes, l’autre étant Big Black. Le premier groupe avait un son vraiment brut, presque naturaliste, un des plus purs que j’aie pu entendre. L’autre, en revanche, introduisait l’utilisation du séquenceur, tout en restant fidèle à leur genre et style. Et avec cet EP, Works Every Time, je pense que c’est une évolution comparable. L’expérimentation a en effet toujours fait partie du processus créatif, et ajouter, soustraire ou tenter de nouvelles choses peut changer beaucoup de choses. Je pense que publier un article exactement identique n’est ni stimulant pour le groupe, ni intéressant pour le public.

Tyler : La guitare a également joué un rôle crucial dans notre manière de faire. Jouer de la batterie, puis s’asseoir pour jouer à la guitare change ta perception de ton écriture, et du champ des possibles. Je pense que cet EP a, du fait de cette expérimentation, un son bien plus ouvert, et honnête. The Great Pretenders ressemblait à un labyrinthe sonore, où nous jouions avec des influences psychédéliques, comme si nous tentions d’atteindre le subconscient du public. Tandis que là, nous tentons d’atteindre un nouveau spectre de sons et d’émotions. Notre musique a toujours eu une provenance propre et profonde, mais cette fois-ci, nous avons tenté d’aborder les sujets plus directement.

 

Emma : The Great Pretenders était en effet plus émotionnel. Certains auteurs et artistes traversent des épreuves, dans leurs vies personnelles, mais n’en font pas état dans leurs créations. Est-ce difficile de s’ouvrir, entant qu’artiste ?

Michael : Je vais répondre en fonction de ce que je ressens, et nullement de la part du groupe. Sur notre premier album, que je décrirais plus pop, j’étais plutôt distant, durant les sessions d’écriture. J’étais presque vague. Maintenant, si je puis me permettre, je n’en ai plus rien à foutre. Du tout. Donc, s’ouvrir, en tant qu’artiste, consiste à te mettre dans une position de vulnérabilité. C’est aussi ressentir de la fierté quant à ce que tu ressens, et te livrer, tout en restant punk. [Tyler : Tu restes un putain de punk, mec !] C’est être adulte, être à l’aise dans ta peau, dans tes émotions, et je pense que ça reflète surtout un changement dans ma vision des choses.

Emma : Sur une note plus légère, y a-t-il des artistes ou groupes que vous écoutez actuellement ?

Tyler : Insecure Man ! Ils sont tellement bons ! L’un d’eux fait partie de Fat White Family. Ils ont un son qui est relaxant, mais subversif… Je ne sais pas si ça fait sens.

Emma : Et un plaisir coupable ?

Michael, l’interrompant presque : Britney Spears, Toxic! Un bijou !

Tyler : Vous m’avez perdu… Vous comprenez bien que les interviews ne fonctionnent pas comme ça, normalement ? Je n’ai pas deux cerveaux ! Je pense que n’importe quelle chanson de Smash, ou les premières années de Cake.

Taha : Enfin, comment réagissent les publics à votre nouvel EP, Works Every Time ? Et les fans pour qui vous jouez en première partie finissent-ils par adhérer à votre musique, et devenir fans ?

Michael : Elles sont catastrophiques. Non, honnêtement, les shows, particulièrement ceux que nous ouvrons pour Arctic Monkeys, font partie des meilleurs que nous ayons eus ! Et concernant les fans en devenir, je ne sais pas vraiment. On verra quand notre tournée arrivera aux États-Unis !

Taha & Emma : Merci d’avoir répondu à nos questions, et on vous souhaite bonne chance pour ce soir !

Mini Mansions drawing tyler parkford dust of music

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