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« Seventeen Going Under » : la montée en puissance de Sam Fender.8 min de lecture

par Emma

Deux ans après avoir été révélé avec un excellent premier album, le prodige Sam Fender revient sur le devant de la scène avec son digne successeur : Seventeen Going Under.

Contexte

Sam Fender, en plein Hypersonic Missiles Tour, se voit rapatrié chez lui à North Shields (Nord-Est de l’Angleterre) au début de la pandémie. Ayant une condition de santé délicate qui le rend plus vulnérable, Fender est contraint à un confinement plus strict. Avec l’interdiction totale de sortir et le manque d’interactions sociales, l’artiste va écrire SGU. Ce qui va l’amener à une certaine introspection et produire un second album poignant et puissant.  

« Seventeen Going Under », le récit d’une jeunesse affectée

Si Hypersonic Missiles dépeignait les tribulations de Fender plus jeune et de ses comparses à North Shields, SGU s’y aventure en profondeur. Le chanteur évoque les difficultés qu’un jeune adolescent de la working class expérimente, souvent financières, familiales et sociales. Et Fender chante les siennes : sa jeunesse tourmentée (Seventeen Going Under), la volonté de Sam à subvenir aux besoins de sa mère infirmière (Getting Started), le manque d’estime de soi (Get You Down, Last To Make It Home) ou encore la relation avec son père (Spit Of You). Chanter la vie des working class est un exercice que l’on connaît déjà avec Bruce Springsteen. Et Sam Fender y ajoute une dimension émouvante, en retraçant son adolescence avec un regard adulte et plus mature.

Le retour des thèmes importants pour Fender

Le premier album de Fender traite de plusieurs thèmes que l’on retrouve dans SGU. En premier lieu, la politique, déjà adressée dans Hypersonic Missiles sur le polémique White Privilege. Si Sam Fender se montrait déjà très évocateur, c’est avec des dents plus acérées qu’il revient. Les classes supérieures et entités de pouvoir en prennent toujours pour leur grade (Aye). Et l’artiste adresse la toxicité des réseaux sociaux et déplore l’ignorance de certains contextes qui empêche aujourd’hui toute diplomatie (Long Way Off).

En second lieu, la santé mentale reste un thème crucial pour Fender. Dead Boys, titre qui l’a révélé au public en 2019, alerte sur le suicide de jeunes hommes. Dans SGU, Sam en parle à nouveau après avoir perdu un ami proche début 2020. Pour l’honorer, Sam fait chanter ses amis de North Shields sur Paradigms, offrant un moment d’union très touchant et grandiose.
Enfin, le dernier titre de l’album The Dying Light est
une suite logique à Dead Boys. Comme expliquait Fender au micro de Radio X la semaine dernière : « Dead Boys » présentait les faits et « The Dying Light » est à propos de passer outre ça, de ne pas se laisser emporter par les ténèbres et qu’il n’est jamais trop tard de demander de l’aide ». Cette ultime chanson est vraisemblablement la plus puissante de cet album qui laisse entrevoir une lueur d’espoir pour des jours meilleurs.

Une vulnérabilité et un manque d’amour-propre dévoilés

SGU est résolument plus profond et émouvant que Hypersonic Missiles. Sam Fender créé un nouvel espace dans lequel l’artiste se dévoile davantage aux auditeurs. On y découvre Fender avec un énorme manque de confiance qui a déjà joué de lui maintes fois. Comme dans Get You Down, l’un des singles de l’album, Sam parle de ses relations amoureuses passées ruinées par ses doutes et son amour-propre quasi-inexistant. La chanson Last To Make It Home présente Fender comme « un bon à rien, celui qui reste des heures au pub à boire des pintes jusqu’à oublier ses problèmes, un looser » comme il l’expliquait à Radio X. 
Dans un autre interview pour Rolling Stone UK, il adresse le syndrome de l’imposteur qu’il sent flotter autour de lui. Et ce, en particulier depuis qu’il est célèbre : « Tu deviens connu, plein de choses géniales se passent pour toi mais il y a toujours une petite voix dans ta tête qui dit : « Tu ne mérites rien de ça. » Sam Fender explique vouloir y remédier et Last To Make It Home semble être un exercice salvateur. Il s’agit d’un des titres les plus beaux de l’album avec une mélodie principale jouée au piano. 

Des productions et instrumentalisations plus riches et complexes 

Comparé à son prédécesseur, SGU offre des productions et instrumentalisations plus réfléchies et poussées. Sam Fender ne se contente plus du saxophone de Johnny Blue Hat et a incorporé d’autres cuivres et cordes, du piano ainsi que des harmonies vocales féminines.

Si l’on suit la chronologie de l’album, Long Way Off en est un parfait premier exemple avec 164 pistes à son actif au studio ! Il s’agit d’un titre très abouti combinant tous ces nouveaux éléments sur une mélodie très James Bondesque. On y retrouve aussi des lignes de basse intenses et une batterie puissante à la That Sound, le tout sur une musicalité sombre façon Play God.

Nous en parlions quelques lignes plus tôt, le piano est un instrument qui n’était que peu présent sur Hypersonic MissilesSam Fender l’a introduit une première fois dans sa reprise du titre Winter Song de Lindisfarne en 2020. Par la suite, l’artiste l’a davantage inclus dans SGU – à l’instar de Paradigms, un mix clair de Coldplay / U2 / Arcade Fire. Il y a plus de grandiose et d’éléments d’ensemble dans cet album qui a été mixé notamment par Craig Silvey, homme de l’ombre derrière le troisième album d’Arcade Fire, Reflektor. D’ailleurs, c’est pour cela que Sam Fender l’a recruté ! Aussi, le piano règne sur The Dying Light, avec une simple introduction puis une montée en puissance avec une intense série d’accords. La chanson est triomphante avec les cordes et les cuivres qui viennent se joindre pour clôturer SGU.

Deux autres chansons sortent du lot en termes de production : The Leveller et Mantra. La première relate la frustration de la situation sanitaire ainsi que l’anxiété ressentie pendant cette période singulière. A la première écoute, la mélodie semble partir dans tous les sens. On discerne des infusions orientales à la fois dans les guitares et le chant de Fender ce qui surprend. Néanmoins, The Leveller demeure un parfait exemple de production plus développée.

Enfin, Mantra est une chanson très intéressante (une de mes favorites) avec une mélodie atmosphérique et venue tout droit des 80s. On pense directement à Joni Mitchell dont Fender semble s’être inspiré pour les lignes vocales. Il s’agit d’une chanson que l’artiste a écrit à Los Angeles, dans un guitar shop sur Sunset Boulevard. L’ambiance y est solaire et rêveuse, portée par un long moment en instrumental. Pendant lequel la guitare acoustique folk donne le ton aux solos de trompette et de guitare éléctrique, le tout sous fond d’autres cuivres. 

Un sans-faute pour Sam Fender

Sam Fender réussit haut la main le challenge que représente un second album. D’autant plus lorsque le premier atteint dès sa sortie la première place des charts britanniques. Un exploit que vient de réaliser une nouvelle fois Fender aujourd’hui car Seventeen Going Under est numéro 1 à son tour !

Si Hypersonic Missiles était une grosse claque, Seventeen Going Under fait aussi son effet. Les productions sont plus poussées et sont les témoignages d’une grande palette musicale dont Fender sait utiliser les tons et les nuances. Donnant le résultat d’un album très équilibré et suffisamment éclectique en comptant les titres bonus de l’édition Deluxe (point bonus pour les titres Angel in Lothian – un tube façon R.E.M et Good Company, ballade à la guitare acoustique live).  

Sam Fender s’impose aujourd’hui comme un compositeur à part entière avec des textes réflectifs et bourrés de sincérité. Seventeen Going Under dépeint la vie difficile d’un adolescent de North Shields au travers des yeux d’un adulte qui n’oublie pas d’où il vient. C’est puissant, terriblement honnête et il est difficile de ne pas être touché par cet album. Un nouveau chapitre s’ouvre pour Fender ; fini le statut de nouvelle pépite musicale mais place au statut de figure du rock britannique !

Ndlr: Sam Fender sera en concert le 9 novembre prochain au Trabendo à Paris (billets déjà en vente). 

 

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Un second album digne de son successeur, profond et triomphal qui nous touche en plein coeur. 

Tracklist

Seventeen Going Under
Getting Started
Aye
Get You Down
Long Way Off
Spit of You
Last To Make It Home
The Leveller
Mantra
Paradigms
The Dying Light

Titres bonus (édition Deluxe):
Better of Me 
Pretending That You’re Dead
Angel In Lothian
Good Company
Poltergeists

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