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Blood de Rhye : une ode à l’émotion6 min de lecture

rhye blood

Rhye est un groupe d’indie pop, aux influences jazz et électro, et à la patte lascive particulièrement reconnaissable. Après un premier album acclamé par la critique, Woman, paru en 2013, Rhye remet le couvert son nouvel opus Blood. Un coup de cœur en ce début d’année 2018.

Date de parution 04 février 2018
Genre Indie Pop
Label Caroline
Titres (Durée) 11 (71:56 min)

 

Rhye et l’amour, une histoire de longue date

Inutile de passer par quatre chemins, Rhye et l’amour ne font qu’un. Intrinsèquement liés, l’exploration de l’émoi, de la passion et de la séparation sont des thèmes qu’aborde le groupe régulièrement. Et ce pour notre plus grand bonheur. Après Woman, représentation de la relation sous son meilleur jour, j’étais curieux de savoir comment le groupe allait pouvoir se renouveler, et ne pas tomber dans la répétition. Un second opus est un exercice difficile pour un groupe, mais les deux membres de Rhye ne sont pas novices. L’amour est un thème qui peut être interprété de bien des manières, et ce nouvel album, Blood, en est l’illustration parfaite. Les rythmes mêlent les influences, tandis que les textes nous inspirent, et nous portent vers un avenir plus lumineux, vers l’après-rupture.

Personnellement, les titres abordant la séparation et la douleur, dans un cadre amoureux, ont souvent provoqué plus d’émotion en moi que les titres heureux. Et c’est justement sur cette note que s’ouvre Blood, avec le titre Waste. À la croisée des univers, mi-jazz, mi-électronique, les violons accompagnent tristement la voix aérienne de Milosh, le chanteur. Dans un état de flottement, on en oublie tout, et on se sent vidé de toute énergie.

« I’m going through some changes… »

Double-jeu et sous-entendus, un délice

Lamour ne consiste pas toujours en des seuls sentiments. Aussi peut-il être retranscrit par des actes. Taste incarne ce changement, musical et lyrique. Des questions de la sexualité, du toucher et de la romance, le spectre des questions à aborder est vaste. Taste nous entraîne ainsi dans une danse langoureuse. Étonnamment loin de ce qu’on avait pour habitude d’entendre sur Woman, la fragilité des textes côtoie des sous-entendus bien plus crus. La boîte à rythme donne des allures dance à un morceau qu’on a envie d’écouter one more time, for my taste


Un véritable changement de style s’instaure cependant aux premières notes de Feel Your Weight. Un morceau surprenant par ses rythmes, plus dansants, plus enjoués, plus … Pop. La grâce de Rhye est d’arriver à rendre des textes d’apparence si légère d’une telle ambivalence. Cette nouvelle nuance, sous-jacente aux paroles, est un fil conducteur qu’on retrouve, de manière surprenamment habile, tout au long de l’album. Un double-jeu que la voix suave de Milosh retranscrit parfaitement, pour notre plus grand bonheur.

Confessions et exaltation, bis repetita

On ralentit le rythme avec Please. La vie n’est pas un long fleuve tranquille, dit-on. Ici, l’amour n’est pas épargné. Une mésentente, un mot de travers, mal interprété ou mal intentionné, peut déclencher un véritable combat. Rhye nous livre avec Blood une sorte de guide illustré de la relation, de ses hauts, de ses bas, et des tourments que l’on peut y traverser. Suit Count to Five, où les doutes l’emportent, soulignés par une mélodie dont on ne sait pas quelle sera la prochaine note. « You kept me waiting, I’ll keep you waiting, I’ll count to five… ». Faire le premier pas, se donner du courage, et aller vers l’autre. Aux allures groovy, la musique contraste avec l’esprit, pour nous emmener dans un univers éthéré. On est tenté de réécouter le morceau, tant son mysticisme éveille notre curiosité, mais en même temps, on avance.


Les premières notes de Song For You me rappellent Dido, et ses collaborations avec son frère, du groupe Faithless. Un son synthétisé, où les échos répondent à la basse, en cadence. Les textes sont d’une simplicité déconcertante, mais retranscrivent efficacement la peine que l’on peut éprouver lorsqu’on voit la peine d’un autre. Une plongée dans l’intimité, exaltante, de deux personnes partageant pensées et émotions. On comprend, on s’y réfère, et on en redemande.

Production et tempo, un duo brillant

Une des premières choses qui m’a frappé lors de l’écoute de cet album est le degré et la qualité de la production. Comme je le soulignais précédemment, les deux membres du groupe Rhye ne sont pas des néophytes de la musique. L’alternance des rythmes, comme on la trouve dans Blood Knows, met en exergue un travail de longue haleine, où chaque détail semble avoir fait l’objet d’une extrême considération.

Lorsque débute Stay Safe, on est transporté. Le réconfort et la sécurité sont parfois difficiles à obtenir, et quel meilleur remède que l’introspection pour y parvenir ? Rhye nous parle, à cœur ouvert, de ses débâcles, et comme il peut être ardu de trouver du repos. Ces journées de fin d’été, où l’on n’a envie de rien faire, d’être contemplatif, et de sentir chaque muscle se détendre.  Le rythme reprend avec Phoenix, résolument funky. Le titre semble s’accorder merveilleusement bien avec un verre de whisky, dans un appartement au décor des années 1970. Le fil rouge de l’album nous entraîne vers une positivité bienvenue. Les fans seront dépaysés, les curieux enthousiastes.

Sofly et Sinful, un final Rhye

Milosh possède une voix légère, et Rhye mise dessus. Il n’est pas question ici de comparer le registre d’un chanteur à coffre, mais bien de mettre à profit ces caractéristiques. Softly est l’avant-dernier morceau, la petite bouchée supplémentaire qu’on s’octroie avant d’arriver au dessert. Un morceau rythmé, dont l’ambiance mystique nous plonge au cœur de cette ivresse qui nous prend lorsqu’on rêve d’évasion. Est-ce la fin, est-ce l’occasion de prendre un nouveau départ ? Toute la magie de cet album repose dans les possibilités d’interprétation qu’il nous laisse. À nous de choisir.

Sinful conclut cet album de la meilleure manière possible. La guitare sèche, la batterie qui l’accompagne, un crescendo savoureux qui nous hérisse le poil aux bras, et qui nous fait monter le son. La voix de Milosh se réverbère, le rythme augmente. Les violons qui s’ajoutent au long de Sinful lui offrent une dimension hypnotique, dans laquelle on aimerait plonger. Les synthés viennent, en chœur avec les cuivres, clore un album qu’on ne voudrait pas voir finir. On se laisse porter par le morceau comme on aimerait traverser cette année 2018 : tout en légèreté. Un coup de cœur en toute sensualité dont je ne me lasse pas, et que je vous recommande chaudement.

Tracklist

Waste
Taste
Feel Your Weight
Please
Count to Five
Song For You
Blood Knows
Stay Safe
Phoenix
Softly
Sinful

Note : 5/5

Blood est une relève digne de Woman, une ode à ce qui se cache derrière une première impression.

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